CARIBOU : Visite de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur,.. Macron applique à Mayotte la politique du paradoxe …

CARIBOU : Visite de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur,.. Macron applique à Mayotte la politique du paradoxe …

avril 15, 2019 3 Par voxmayo

La visite du ministre de l’Intérieur à Mayotte soulève la question de « la politique paradoxale », notion philosophique que Paul Ricoeur a révélé au monde en disant qu’il faut d’abord penser ensemble la rationalité et l’irrationalité du politique : « Rationalité spécifique, mal spécifique, telle est la double et paradoxale originalité du politique. Le mal politique ne peut pousser que sur la spécificité du politique ». 

Cette spécificité, écrit Hana Arendt, réside dans « la distinction ferme et constante entre pouvoir et violence », mais aussi entre « pouvoir et autorité », d’où un lien vertical imposé au peuple par la force.

Enfin, selon M. Walzer, il y a paradoxe en ce que « le politique paraît constituer à la fois une sphère de la justice parmi les autres, et l’enveloppe de toutes les sphères », un principe de souveraineté qui en régule les frontières. Le pouvoir peut donc instrumentaliser la Justice. 

On trouve ces trois niveaux de signification dans les propos de Macron et de son ministre Castaner au sujet de Mayotte.

 Voici en quoi leur discours est paradoxal : Castaner a estimé, vendredi 5 avril, que les ONG qui interviennent en

 

Méditerranée pour secourir des migrants « ont pu se faire complices » des passeurs, accusant même « certaines » organisations de « réelle collusion » avec ces derniers.

Le ministre a affirmé à ses homologues du G7 avoir noté « que certaines ONG étaient en contact téléphonique avec des passeurs ».

Il a également jugé que « les ONG jouent un rôle essentiel pour apporter de l’aide aux migrants », mais les a appelées à « avoir une attitude responsable »

En juin 2018, Emmanuel Macron avait condamné l’intervention du navire allemand Lifeline, qui avait secouru 233 migrants en mer et refusé de les livrer aux gardes-côtes libyens.

« A la fin, on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs. C’est d’un cynisme terrible », avait lancé le chef de l’Etat.

Il s’était attiré des critiques après ces propos. 

A Mayotte, le CODIM a bien montré que certaines associations humanitaires avaient des liens particuliers avec des réseaux de passeurs qui fournissent aux migrants déposés sur les plages mahoraises des contacts téléphoniques et adresses.

Pourtant, c’est dans le quartier de La Vigie, enclave d’immigrés clandestins, que le ministre CASTANER a débuté sa visite, escorté de ces mêmes ONG qui narguent la population mahoraise.

 

 La Vigie, enclave d’immigrés clandestins, que le ministre a débuté sa visite, escorté de ces mêmes ONG qui narguent la population mahoraise …

Bien sûr, le droit international nous donne obligation de porter secours aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, mais cette parade ostentatoire illustre la doctrine paradoxale « de reconquête urbaine » : installer des illégaux en forêt domanial transformée en immense zone insalubre appropriée illégalement par des milliers de clandestins qui ont vocation à être expulsés du territoire.

Contre les maux du pouvoir, éloge de la résistance 

Pour Paul Ricoeur, penser la rationalité et l’irrationalité spécifiques du politique suppose d’en penser l’autonomie :

« Cette autonomie du politique tient en deux traits contrastés.

D’un côté le politique réalise un rapport humain qui n’est pas réductible aux conflits des classes.

D’autre part, la politique développe des maux spécifiques, maux du pouvoir politique qui ne sont pas réductibles à d’autres, en particulier à l’aliénation économique.

Par conséquent l’exploitation économique peut disparaître et le mal politique persister »

Ricœur distingue les passions du pouvoir (politique) des passions de l’avoir (économique) et des passions du valoir (culturel). On trouve alors deux traditions, l’une qui fait crédit à la visée bonne du politique et qui cherche à en fonder de l’intérieur la rationalité, l’autre qui insiste sur les passions mauvaises du pouvoir et qui cherche à résister de l’extérieur à ses abus.

Puisque le gouvernement cherche à légitimer sa politique cynique par tous les moyens, au mépris du peuple, il nous faut résister à ses abus de langage, c’est-à-dire résister à la violence et au mensonge du pouvoir, selon la critique platonicienne du tyran, l’apologie machiavélienne du prince et la critique marxiste de l’aliénation politique.

Puisque Macron tient à ce paradoxe, que « le plus grand mal adhère à la plus grande rationalité, qu’il y a une aliénation politique parce que le politique est relativement autonome », nous devons lui opposer à la force qu’il emploie la forme que nous voulons.

D’où un éloge politique de la liberté, sous la double forme de l’institution du droit et d’une morale de la résistance, que Ricœur refuse de dissocier. 

Ce qui doit être dit à Macron lors de sa visite au mois de juin : « que le problème central de la politique c’est la liberté ; soit que l’Etat fonde la liberté par sa rationalité, soit que la liberté limite les passions du pouvoir par sa résistance. »

Cette polarité inspire chez Ricoeur l’idée du juste entre le bon et le légal, et se retrouve peut-être dans la tension entre éthique et morale, qui constitue un paradoxe éthique aussi radical que le paradoxe politique.

Contre le pouvoir de contraindre, le pouvoir d’exiger

Le ministre a déclaré qu’il « était nécessaire de maintenir un haut niveau de pression » sécuritaire sur le territoire, où « il reste beaucoup trop de délinquance ».

Cela une semaine après la divulgation par la presse du vade mecum du préfet Dominique Sorain ordonnant aux policiers de relâcher les clandestins contrôlés sans papiers, une semaine après les exactions des coupeurs de route que l’on disait mis hors d’état de nuire.

Paradoxe disais-je !..

Il est dans le mépris des victimes des violences « asilaires » impunies !

Le paradoxe politique nous renvoie, avec H. Arendt, à l’idée que le pouvoir n’est pas la violence, mais exprime un vouloir vivre ensemble.

Dans le discours du ministre, le vouloir vivre ensemble avec le Mahorais a le statut de l’oublié, tandis que le vivre ensemble avec le clandestin comorien est valorisé.

C’est la face d’ombre et d’irrationnel de la politique migratoire du gouvernement qui tente d’imposer la colonisation du peuplement comorien aux Mahorais.

Dans la pensée paradoxale macronienne, « l’Etat réputé le plus juste, le plus démocratique, le plus libéral, se révèle comme la synthèse de la légitimité et de la violence, c’est-à-dire comme pouvoir moral d’exiger et pouvoir physique de contraindre ».

Par ces deux bords, observe Ricoeur, le politique touche à la promesse et au pardon, c’est à dire aussi « à la mémoire des violences et des promesses fondatrices »
La politique du paradoxe nous amène ainsi, nous Mahorais, de nationalité française, à faire un choix cornélien : effacer la mémoire des violences commises par les immigrés clandestins et pardonner, donc croire et s’en remettre aux promesses chimériques d’une cohabitation bénéfique avec la colonisation comorienne.

A la politique paradoxale du président de la République, qui n’est ni juste ni bonne ni légale, ni libérale ni démocratique, nous devons répondre par la résistance.

Résister, c’est la liberté de blâmer, de manifester dans l’unité, de mobiliser nos forces et de rassembler le peuple place de la République.

Résister, c’est exiger une loi de développementpour Mayotte, c’est aussi faire échec à la macronie méprisante aux urnes. 

Voilà la rançon de la visite paradoxale du ministre, voilà toute la morale de l’histoire mahoraise. 

 

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Zaïdou Journaliste écrivain, Editeur.
le 15 Avril 2019

E_mail: contact@francemayotte.fr

Mise en forme : YKK

 

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